9 questions à Yves Bonnefont, CEO van DS

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DS est l’une des marques les plus « jeunes » sur le marché automobile. Récemment affranchie de Citroën, elle cherche son public sur un marché saturé. Et si les premiers pas paraissent délicats, les perspectives sont grandes. Dans la foulée de notre essai de la nouvelle DS 3 Crossback,voici un entretien que nous avait accordé, au Salon de Bruxelles, Yves Bonnefont sur la stratégie de la marque.

AYves, à l’heure où les grands salons internationaux sont de plus en plus désavoués par de grandes marques, quelle est l’importance de la présence de DS à Bruxelles ?

Yves Bonnefont : Pour nous la réponse est simple. C’est un choix politique : nous sommes présents quand nous avons quelque chose à montrer. Actuellement DS évolue dans une stratégie se composant du lancement d’un véhicule par an. L’an dernier, nous lancions la DS 7 Crossback et nous sommes présents à Bruxelles, avec la DS 3 Crossback. C’est très important pour nous que le public belge soit en contact avec nos voitures…

AB.be : Le marché belge est un marché particulier du fait de la popularité des voitures de société. Quel est votre stratégie à cet égard vision ?

Y.B. : Les flottes sont fondamentales en Belgique, mais en définitive, ce marché n’est pas tellement différent du marché particulier. En réalité, notre défi est de faire découvrir la marque par l’utilisateur final. Nous devons faire en sorte que ces conducteurs s’assoient et roulent avec nos voitures, découvrent la technologie et la personnalité de DS, qui est une marque jeune, je le rappelle !

Qui sont vos clients ?


Y.B. : DS est une marque de conquête. Nous utilisons une sorte d’outil, que nous appelons le Brand Building Index, qui nous permet de déterminer d’où vient la clientèle de la marque. Il apparaît que 70% de nos clients viennent d’autres horizons que ceux de PSA (groupe Peugeot-Citroën-DS-Opel, ndlr). Parmi ces nouveaux clients, la moitié vient d’autres marques premium, l’autre moitié vient de constructeurs généralistes et franchit le cap du premium.

Est-ce que ce marché premium, n’est pas une gageure, sachant qu’aujourd’hui la majorité des constructeurs, se revendiquent du premium ?


Y.B. : En réalité, on constate que le marché premium croit plus vite que le marché généraliste. Et nous, nous avons une manière assez particulière de faire du premium. Nous refusons ce que j’appelle la « puissance mécanique brutale » pour privilégier le raffinement des intérieurs, la technologie et le confort. On met les matériaux nobles en évidence, sur de vastes surfaces et nous faisons beaucoup d’efforts sur les détails. Tous nos volants sont cousus mains ! Ce sont des choix couteux… Et puis, nous considérons que la technologie doit servir la beauté et le design, comme nos phares LED par exemple qui en plus d’être très performent participent du style de nos voitures. Nous misons encore sur le « DS Lounge » de nos véhicules, un environnement confortable et spacieux avec une sono haut de gamme et le confort de notre suspension Active Scan pour nos clients qui passent des heures en voiture.

Du premium sans rouler des mécaniques, donc ?


Y.B. : L’industrie automobile est en train de changer, avec toutes les pressions que l’on connaît sur le CO2. Cela offre des opportunités en matière de timing pour une marque comme la nôtre. Et cela ne nous empêche pas de proposer une DS 7 Crossback de 300 ch. Mais c’est un dynamisme différent, avec de plus petites cylindrées, de l’hybride, de la conduite autonome aussi. La manière d’approcher la voiture change et nous constatons que le marché vient vers nous…

Quelle importance revêt l’électrification pour le futur de DS ?


Y.B. : Une part importance de notre stand est consacré à E-Tense, la dénomination de notre gamme électrique. Dorénavant, tous nos modèles seront électrifiés, simultanément à leur lancement. En 2025, nous entamerons une seconde phase, avec l’arrêt du thermique pur et dur. Tous nos véhicules seront alors hybrides rechargeables.

Vos ambitions de premium français se présentaient d’emblée comme un clin d’œil aguicheur aux marchés internationaux, à la Chine en particulier. Quel bilan tirez-vous ?


Y.B. : C’est compliqué. Nous avions défini 14 marchés prioritaires et cela ne se passe pas très bien partout, en Chine notamment. A proximité de nos usines, ça va. Mais la Chine est énorme et, en termes de marché, on peut considérer qu’il y a plusieurs Chine. Le Japon nous est plus favorable, nous venons de nous lancer en Corée, avec des indications satisfaisantes, alors que la Turquie est par exemple délicate à aborder, pour des raisons inhérentes au contexte économique.


A ce titre, le caractère « Français » de vos DS est-il un véritable atout ?


Y.B. : Dans l’inconscient populaire international, DS est une marque française, un mode d’expression de l’automobile, l’incarnation du savoir-faire français du luxe. C’est unique au monde. Et de nombreux domaines dans lesquels cette France excelle peuvent être reportés dans nos voitures. On travaille sur les coutures, les matériaux et on a même introduit des plumes dans certains de nos concepts cars… C’est notre Spirit of avant-garde !

Quid de l’avenir ?


Y.B. : On vous promet un nouveau modèle par an. Nous en sommes au second et nous prévoyons un total de six modèles. Trois seront des SUV, trois rentrerons sous d’autres catégories. De nouvelles choses arrivent en matière de SUV. C’est un segment très apprécié, pour la position de conduite, notamment, mais l’aérodynamisme de ces véhicules demeure un enjeu majeur.