Louis Chiron, le gigolo devenu champion de Grand Prix

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Chiron Portrait profil

Comme vous le lisiez déjà dans nos pages, la nouvelle Bugatti prépare peu à peu son entrée en scène. Son nom d’artiste : Chiron, du nom du pilote monégasque Louis Chiron. Mais qui diable était cet homme ?

Nous nous penchons aujourd’hui sur le destin hors du commun de Louis Chiron, monégasque, danseur de salon, brillant pilote de Grand Prix, pilier de l’aura de Bugatti.

Louis Chiron est né en 1899 au cœur de la principauté. Fils du Maître de l’Hôtel de Paris à Monaco, il est pris sous l’aile d’un aristocrate russe qui se charge de son éducation. A 15 ans le chauffeur du fortuné russe lui apprend la conduite. Un élément déterminant car, l’artilleur qu’il devient durant la première guerre mondiale est rapidement enrôlé par les Maréchaux Foch et Pétain en tant que chauffeur.

Just a gigolo ?

Louis Chiron
C’est chez Bugatti que le pilote monégasque a forgé sa réputation.

Au sortir de la guerre, le jeune monégasque rejoint la Principauté et devient danseur de salon, proposant ses services aux plus fortunées de ces dames. Aujourd’hui, ce type de personnages est nommé « gigolo », voire « escort-boy ». Son élégance et son sens de l’entregent lui permet de s’attirer les faveurs de quelques rombières de la haute, de dégoter quelques deniers et de faire ses premiers pas en compétition en 1923.

Louis Chiron fonde alors un garage automobile avec un associé à Monaco et se lie avec Ernst Friedrich, un ancien pilote, concessionnaire Bugatti sur le Rocher. L’homme l’initie véritablement à la compétition et le charge d’acheminer ses Bugatti par la route, de Molsheim à la côte d’Azur. En plus de lui permettre de s’exercer au pilotage, ce rôle de convoyeur permet à Chiron de faire la connaissance d’Ettore Bugatti.

Cadeau décisif

Dans la foulée, déjà auteur de quelques belles performances en course de côte, Chiron fait la connaissance d’Alice « Baby » Hoffmann-Trobeck, l’épouse de l’héritier du groupe pharmaceutique Hoffmann-La Roche. Convaincu par les talents de Chiron, celui-ci lui offre une Bugatti Type 35 avec laquelle il enregistrera quelques beaux succès en 1926. Sa carrière est lancée.

Louis Chiron Talbot-Lago
La carrière de Louis Chiron a connu un nouvel élan au sortir de la seconde guerre mondiale.

Elle décolle véritablement en 1928, lorsque débarque au Grand Prix d’Europe, à Monza avec 5 victoires dans sa besace, et qu’il remporte encore la course sur l’Autodromo. En 1931, il est le premier et à ce jour, le seul monégasque à remporter le Grand Prix de Monaco. Courant presque tous les week-ends pendant plusieurs années, il abandonnera Bugatti en 1933 pour créer sa propre écurie avec Rudolf Caracciola, avant de rejoindre les Alfa Romeo de la Scuderia Ferrari…

Influencé par son ami Caracciola, Chiron rejoint ensuite l’écurie Mercedes. Malchance, incidents et un grave accident mettent un terme à sa carrière.

Le vétéran

Louis Chiron Talbot LagoChiron reprendra le volant après la seconde guerre mondiale et remportera quelques Grand Prix sur Talbot-Lago. Il participera également au Premier Championnat du Monde de Formule en 1950, durant lequel il terminera 3ème du Grand Prix de Monaco sur une Maserati. Il remportera encore le Rallye de Monte-Carlo en 1954 et mettra un terme à sa carrière en 1958, devenant le plus vieux pilote (56 ans) ayant jamais pris le départ d’une course de F1.

A la demande du Prince Rainier de Monaco, Louis Chiron tiendra le rôle de Commissaire Général du Grand Prix de Monaco et du Rallye de Monte-Carlo jusqu’en 1979, date de son décès.

Réputation ombragée

Lancia Aurelia GT - 1954 Louis Chiron (MON) - Cyro Basadonna (Ch) Vítìz Rallye de Monte-Carlo V6 2.5l , 118 hp
Au vu de la réputation de Chiron, le numéro de compétiteur de sa Lancia au Montecarlo 1954 prête à sourire…

Louis Chiron fut l’une des grandes figures de l’histoire de la course automobile. Il a contribué à faire de Bugatti ce qu’elle est aujourd’hui. Connu pour son style précis et doux, il a remporté de nombreuses victoires sur les 25 années de sa carrière. Roi des Grand Prix, pionnier du Championnat du Monde de F1, son nom figure au palmarès de la Targa Florio, des 24 Heures de Francorchamps et du Mans, des Mille Miglia et d’innombrables courses de côte !

Sa réputation est toutefois écornée par de douteuses mœurs. Le « Vieux Renard », toujours à l’affut d’un bon résultat, était également toujours à l’affût d’une nouvelle conquête. Grand amateur de la gent féminine, briseur de couple, il a dénoncé la pilote Hellé Nice, l’accusant d’être une espionne de la gestapo !