Embarquez à la droite de Thierry Neuville (vidéo)

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Avec trois victoires en WRC cette saison, Thierry Neuville et Nicolas Gilsoul sont indubitablement nos meilleurs représentants en sport auto. Pour voir ce que « vaut » un vrai pilote de classe mondiale, nous avons pris place aux côtés de Thierry, au terme de sa participation au Rallye d’Ypres.

Dans l’expectative

La popularité de Thierry Neuville et Nicolas Gilsoul n’a pas été démentie dans la cité des chats, auprès du jeune public en particulier.

Vous le savez certainement, Thierry Neuville et Nicolas Gilsoul sont en pleine chasse à la couronne mondiale. Avec le résultat de la dernière manche, une victoire en Pologne dans des conditions dantesques, Neuville a démontré qu’il était l’homme à battre cette saison, bien dans sa tête et dans ses Sparcos.

Pourtant, la semaine précédente, il était au départ du Rallye d’Ypres, à l’initiative de l’antenne belgo-luxembourgeoise de Hyundai. Une belle opération médiatique qui prenait une tournure inattendue lorsque Neuville faisait une belle pirouette durant la journée du vendredi. Quelques tonneaux à la sortie d’un virage abordé trop rapidement. C’est donc dans l’incertitude que se déroule notre soirée. La Hyundai R5 sur laquelle était engagé notre duo a été ramenée au parc d’assistance, mais impossible de savoir à ce moment s’ils seraient au départ le lendemain, et par conséquent, si le co-driving organisé le lendemain de l’arrivée de l’épreuve par Hyundai Belux aurait lieu.

Dimanche matin, la Hyundai i20 R5 de Thierry Neuville portant toujours les stigmates de la cabriole de l’avant-veille.

Après un boulot acharné et des réparations nuitamment menées, les mécanos donnaient le dernier coup de clef à l’i20 R5… le samedi aux aurores ! Pour le grand plaisir des fans de notre duo, qui enregistrera tout de même 7 meilleurs temps au cours de la dernière journée de course. La petite Zoë, auteure éphémère de la déco de la Hyundai de Neuville devait être ravie de voir son poulain à l’arrivée !

En voiture… Thierry

Tout comme nous le lendemain matin, après avoir enfilé une combinaison Hyundai Motorsport, dans les campagnes de Flandre occidentale. Nous patientons et prenons notre tour dans le baquet, harnachés comme jamais, avec casque, Hans, et communication radio, pour discuter avec Thierry durant la liaison qui nous mène au départ de la spéciale (voir vidéo à la fin de l’article).

Après quelques mots sur la difficulté de l’exercice, sur les caractéristiques du parcours de Ypres, nous avons droit à en faire l’expérience, en direct et en couleurs.

« Tu es prêt, on peut y aller ? ». Nous devons bien avouer avoir dit « oui » sans mesurer vraiment ce qui nous attendait. Ce bref tronçon d’essai débute par une ligne droite, suivie par un enchaînement de virages, une autre ligne droite, plus longue, et puis une succession de courbes rapides que le Saint-vithois aborde… à fond. De quoi être bien secoué avant même d’avoir commencé. Nous nous surprenons même à lâcher un « Oh p**** » en effleurant un arbre, avant de passer au milieu d’une ferme.

Avec approximativement 300 chevaux, l’i20 n’impressionne pas tant au démarrage que par ses relances et sa faculté d’allonge. Saisissant sur le parcours de Ypres, où les tronçons rapides sont ponctués de cordes profondes et de gros freinages ! « C’est sur le freinage que ces R5 sont les plus proches de nos WRC », nous explique Thierry, avant d’expliquer que « avec la nouvelle règlementation en mondial, l’i20 WRC est plus rapide parce que plus puissante, mais surtout beaucoup plus stable à haute vitesse grâce à l’appui aérodynamique ».

Si notre chauffeur du jour paraît pleinement décontracté, impressionnant par son calme et sa concentration, mesurant chaque geste, chaque impulsion du poignet, chaque pression sur la pédale centrale, nous en menons nettement moins large. Tentant à la fois d’admirer l’adresse du maître, d’analyser les trajectoires, de découvrir l’habitacle, tout en gardant la tête froide.

Hors normes

Et c’est là qu’on en prend pleins les mirettes. Chanceux de profession, ayant déjà eu l’opportunité de grimper dans quelques baquets, nous sortons de cette i20 retourné, impressionné, ému par la science du pilotage de Neuville. Ces types ne sont clairement pas faits comme nous ! Précis, débordant de sang-froid, il freine tard et juste, plonge la Hyundai dans les cordes, place le train arrière au frein main, jette la voiture des quatre roues et nous effraie encore dans les derniers mètres, alors que nous croyons qu’il n’a pas vu la petite dame qui fait la circulation en fin de spéciale, avant de se fendre d’un freinage à même de rendre les pneus carrés. Quelle expérience !

Bluffé par le pilote, impressionné par le freinage, étonné par le rapport entre le niveau d’adhérence et la facilité avec laquelle Thierry place la Hyundai en entrée de courbe, incrédule à l’égard des chocs que suspensions et pneus « ramassent » dans les cordes, conscientisé du travail que représentent les notes de Nicolas Gilsoul à un tel rythme, mais aussi profondément déçu… par la durée de l’expérience, toujours trop courte.

Nous quittons la région de Ypres sans voix, plein de sensations, de trépidations, les oreilles emplies de hurlements mécaniques, avec la sensation d’avoir parcouru les 4 kilomètres les plus intenses de notre carrière, à côté de l’un des meilleurs pilotes du monde, et d’un futur très grand champion. Mais c’était Ypres et de l’asphalte, un revêtement que nous connaissons et un parcours que l’on peut se figurer. Je m’imagine la Finlande, sur la terre, plus vite, avec les jumps, les virages en aveugle et les arbres partout. Ces pilotes et copilotes sont des extra-terrestres. Bravo messieurs et bravo à ces ingénieurs et mécanos qui rendent la compétition auto aussi prenante !

Photos : Hyundai Motorsport + Julien Libioul