Ce que vous devez retenir/oublier du Salon de Genève 2019

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Le père de tous les salons automobiles, le pouls de l’industrie automobile. Dès que vous évoquez le Salon de Genève, les superlatifs suivent. Pourtant, nous quittions le sol suisse avec des sentiments mitigés, malgré l’optimisme débordant d’EV dont se gaussent volontiers les constructeurs. Un récapitulatif ?

  • L’électrique est le nouveau langage

Les constructeurs automobiles veulent nous faire croire depuis quelques années que la voiture électrique est la solution miracle à tous nos problèmes de mobilité et de climat. Mais ce survolté statement était d’une ampleur rarement vue. Les prometteurs concept cars qui usent les moquettes des salons auto ont entre-temps fait place à des EV prêts à être assemblés avec une autonomie crédible et un design vivable. Chez une marque telle qu’Audi, on ne trouvait plus de motorisation essence ou diesel traditionnelle. Tous semblent donc unanimes sur le fait que nous vivrons de fantastiques moments automobiles dès lors qu’électricité et autonomie auront atteint leur vitesse de croisière. Nous ne voulons pas gâcher la fête, mais… est-ce qu’on ne pousse pas un peu bobonne, les gars ?

Alors que nous assistions à l’annonce de la bonne nouvelle électrique, nous ne pouvions nous empêcher de considérer que le secteur automobile, qui a tourné sur les énergies fossiles au cours des 130 dernières années, a oublié un léger détail : l’homme n’aime pas le changement, comme il déteste qu’on le force dans une direction particulière. Pensez à la tempête de réactions qu’a généré la décision de Volvo de limiter la vitesse de ses véhicules au cours des derniers jours. Ou à la fureur que déclenche la remise en question de la voiture de société.

Par ailleurs, on peut encore s’interroger quant à la maturité de notre marché face à une révolution aussi copernicienne, étant donné l’impact qu’elle peut avoir en matière d’infrastructure (où charger ?), d’aspects pratiques (source de l’électricité ?) et de finances (qui va ou peut payer ?), autant de questions que traîne encore l’électromobilité…

  • Les plug-in hybrides arrivent. En masse.

Les constructeurs savent pertinemment que tous les automobilistes ne pourront échanger leurs véhicules contre des 100% électriques. C’est pourtant à eux que l’on a confié la mission d’accélérer le nettoyage du parc automobile européen, compte tenu du fait que l’UE agite d’importantes amendes pour les constructeurs automobiles qui ne voudraient ou pourraient pas se plier aux normes imposées d’ici 2021 (moyenne 95 g/km). Cela explique également pourquoi une telle déferlante d’hybrides à Genève. Mercedes-Benz, Audi, Peugeot comme BMW ont lancé une armada de modèles plug-in, alors que Jeep et Volkswagen se font une joie de mettre au courant les Renegade et Passat. Grâce aux valeurs WLTP – les PHEV parviennent à tomber sous la barre magique des 50 g/km de CO2/km – et une autonomie électrique doublée (jusqu’à 80 km, dans certains cas), les plug-in hybrides semblent être une station intermédiaire pour les clients qui n’osent pas faire directement le pas vers l’électrique.

  • FCA est à nouveau alive and kicking

Constat remarquable lors de ce Salon de Genève : toutes les marques du groupe FCA avaient apporté une véritable nouveauté. Aux côtés des PHEV chez Jeep, nous tombions sous le charme de la Fiat Centoventi – une étude de style pouvant mener à la future Panda – et de l’Alfa Romeo Tonale Concept, le SUV compact (et à nouveau plug-in hybride) qui pourrait sortir définitivement la marque du bourbier.

  • L’argent n’a pas de (mauvaise) odeur…

Bien que les marques généralistes lancent de nouveaux modèles d’importance (Renault Clio, Peugeot 208, Mercedes-Benz CLA Shooting Brake, …), le Salon de Genève reste le berceau pour tout ce qui est décadent, over-the-top et hyper-exclusif. Dans un pays où les fontaines d’argent coulent à flot et où les euros ne poussent pas encore aux arbres, les nouvelles start-ups connaissent année après année une croissance et une popularité grandissante. Cette année, c’était au tour d’Automobili Pininfarina, d’attirer sur elle l’attention avec sa Battista comptant 1900 chevaux électrique, à moins qu’il ne s’agisse de Piëch Automotive, qui vient mettre au défi les valeurs sûres avec (l’électrique) Mark Zero.

En matière de valeurs sûres, il y avait bien d’autres belles pièces à se mettre sous la dent, dont la plus savoureuse est bien entendu la Bugatti La Voiture Noire – jetez un oeil à ces six sorties d’échappement ! – et les deux nouvelles supercars d’Aston Martin: de Vanquish Vision Concept en de AMR RB-003. Et on ne vous parle même pas der l’Aventador SVJ Roadster. Ou encore de la Mercedes-AMG GT R Roadster. Et on peut continuer un petit moment de la sorte…

  • … et l’erreur est humaine

La déception était également de la partie à Genève (malgré l’absence de noms tels qu’Opel, Volvo, Jaguar, Land Rover et Hyundai), même s’il y avait également un certain nombre de marques dont nous aurions attendu un peu plus. Il en va ainsi du langage esthétique KODO peu compréhensible de la Mazda CX-30 , mais également de Polestar qui a échangé sa sympathique image Volvo pour un marketing froid à la Tesla. A moins que la palme ne revienne à Ginetta qui illustre qu’il est possible de construire une supercar sans accorder aucune importance à l’esthétique. Et on ne manquera pas de casser du sucre sur la création des Allemands de Mansory. Quelle mocheté…